Un procès-verbal de soudure ne prouve rien à lui seul. Sur une charpente métallique, un plancher technique ou un garde-corps rapporté, la maîtrise du soudage se démontre par un jeu de documents dont chacun couvre un objet distinct : le procédé employé, la personne qui l'exécute, l'organisation qui l'encadre. La confusion entre ces trois plans explique une bonne part des réserves formulées trop tard, quand la structure est déjà levée et peinte. Ce jeu de documents se lit à partir de la classe d'exécution retenue au marché, qui en fixe le niveau.
La classe d'exécution EXC commande toutes les autres exigences
La NF EN 1090-2 définit quatre classes d'exécution, EXC1 à EXC4, de sévérité croissante, et donne en annexe les critères de choix. Le choix ne relève pas de l'atelier : il découle des conséquences d'une ruine, de la catégorie de service (statique, fatigue, séisme) et de la catégorie de production. Une charpente de bâtiment courant relève le plus souvent d'EXC2 ; une passerelle ou un support de manutention suspendu remonte en EXC3.
Cette classe n'est pas un label commercial. Elle fixe le niveau de qualité des soudures au sens de la NF EN ISO 5817 : niveau D en EXC1, C en EXC2, B en EXC3, B assorti d'exigences complémentaires en EXC4. Elle fixe aussi le taux de contrôle non destructif et le référentiel d'assurance qualité applicable à l'atelier.
Quand le CCTP reste muet, la NF EN 1090-2 retient EXC2 par défaut. Laisser ce point implicite revient à renoncer à tout levier contractuel : il devient impossible de reprocher un niveau D là où un niveau B était attendu. La classe se fixe au marché, joint par joint si les assemblages critiques le justifient.
Qualification de mode opératoire et qualification de soudeur : deux documents qui ne se remplacent pas
Le descriptif de mode opératoire de soudage, ou DMOS, décrit les paramètres retenus pour un assemblage donné : procédé, groupe de matériau, préparation des bords, consommable, paramètres électriques, température de préchauffage, position. Sa forme relève de la NF EN ISO 15609-1. Ce document reste une intention tant qu'il ne s'appuie pas sur un procès-verbal de qualification, le QMOS établi selon la NF EN ISO 15614-1 : un assemblage d'épreuve réellement soudé, puis soumis à essais destructifs et non destructifs sous le regard d'un organisme d'inspection.
Le QMOS appartient à l'entreprise et couvre un domaine : groupe de matériaux au sens du CEN ISO/TR 15608, plage d'épaisseurs, diamètre pour les profils creux, type d'assemblage, positions, nature du consommable. La qualification de soudeur relève d'un autre texte, la NF EN ISO 9606-1 pour les aciers, et qualifie une personne pour un procédé, une forme de produit, un type de soudure, une plage d'épaisseurs et des positions données ; les opérateurs de soudage mécanisé dépendent de la NF EN ISO 14732. La validité court sur trois ans au maximum, sous réserve d'une confirmation semestrielle signée attestant que l'intéressé a soudé dans son domaine.
Le piège tient au recoupement. Un soudeur dont le certificat court toujours, appliquant un DMOS adossé à un QMOS valide, produit malgré tout un assemblage non conforme s'il sort de l'un des deux domaines : une tôle de 25 mm soudée sous une qualification arrêtée à 12 mm, une position verticale descendante non couverte. La vérification consiste à croiser la carte des soudures avec les domaines de validité, pas à empiler des certificats en date.
Les exigences de qualité en fabrication portent sur l'organisation de l'atelier, pas sur le cordon
La série NF EN ISO 3834 traite d'un troisième objet : l'organisation. La NF EN 1090-2 rattache ses trois niveaux d'exigence aux classes d'exécution, la partie 4 pour EXC1, la partie 3 pour EXC2, la partie 2 pour EXC3 et EXC4. Le contenu ne porte pas sur le cordon mais sur ce qui l'entoure : revue technique avant lancement, encadrement de la sous-traitance, aptitude du personnel, étalonnage des équipements, stockage des consommables, traçabilité des pièces, traitement des non-conformités.
La NF EN ISO 14731 impose une coordination en soudage exercée par une personne désignée par écrit, avec des tâches énumérées et un niveau de connaissances techniques proportionné à la classe d'exécution, au groupe de matériaux et aux épaisseurs. C'est cette signature qui valide les DMOS, surveille la validité des qualifications de soudeurs et prononce la libération après contrôle. Un dossier qui ne nomme personne laisse ces décisions sans auteur identifiable.
S'y ajoute le volet marquage CE. La NF EN 1090-1 conditionne la mise sur le marché des éléments de structure en acier à un contrôle de la production en usine évalué par un organisme notifié. Le certificat correspondant porte un domaine : classes d'exécution couvertes, procédés, groupes de matériaux, épaisseurs. Un certificat qui s'arrête à EXC2 ne couvre pas une commande EXC3.
La méthode de contrôle non destructif dépend du défaut cherché, son taux de la classe d'exécution
Le contrôle visuel selon la NF EN ISO 17637 s'applique à cent pour cent des soudures, quelle que soit la classe. Les autres viennent en complément, selon le défaut recherché. Le ressuage, selon la NF EN ISO 3452-1 avec les niveaux d'acceptation de la NF EN ISO 23277, révèle les défauts débouchants sur les matériaux non poreux, y compris amagnétiques. La magnétoscopie, selon la NF EN ISO 17638 avec les niveaux d'acceptation de la NF EN ISO 23278, atteint aussi les défauts proches de la surface sur les aciers ferromagnétiques, d'où la préférence que lui accorde la NF EN 1090-2. Les ultrasons, selon la NF EN ISO 17640 avec les niveaux d'acceptation de la NF EN ISO 11666, révèlent les défauts internes des soudures bout à bout à pleine pénétration.
Le taux de contrôle complémentaire dépend du type d'assemblage, de la classe et du taux d'utilisation de la section. Pour les soudures bout à bout transversales les plus sollicitées, l'ordre de grandeur retenu par la NF EN 1090-2 va d'aucun contrôle complémentaire imposé en EXC1 à dix pour cent en EXC2, vingt pour cent en EXC3 et la totalité en EXC4. Une règle d'extension accompagne ces pourcentages : la découverte d'une non-conformité dans l'échantillon élargit le contrôle au reste du lot.
Le moment du contrôle compte autant que la méthode. La fissuration différée par l'hydrogène apparaît après refroidissement, ce qui impose un délai d'attente entre soudage et contrôle, de l'ordre de seize heures dans le cas courant et davantage sur les nuances à haute limite d'élasticité et les fortes épaisseurs. Un rapport daté du jour même du soudage sur un assemblage épais en S355 appelle une question. L'opérateur, enfin, doit justifier d'un niveau 2 au sens de la NF EN ISO 9712, par méthode et par secteur.
Nuances d'acier et consommables : la traçabilité se rompt au débit
Les nuances de la NF EN 10025-2 se lisent en deux temps : la limite d'élasticité, S235, S275, S355, puis la sous-nuance qui fixe la résilience. JR correspond à 27 joules à +20 °C, J0 à 27 joules à 0 °C, J2 à 27 joules à −20 °C, K2 à 40 joules à −20 °C. Substituer un S355J2 par un S355JR sur un assemblage soudé exposé au froid constitue un déclassement réel, invisible une fois la peinture appliquée.
La NF EN 10204 distingue les documents de contrôle. Le relevé 2.2 rassemble des résultats non spécifiques au produit livré ; le certificat 3.1 porte sur la coulée effectivement livrée et est validé par un service indépendant de la fabrication ; le 3.2 ajoute un contreseing extérieur. La NF EN 1090-2 réclame le 3.1 dès EXC2 pour les aciers de construction. La chaîne se rompt le plus souvent au débit : le marquage doit être reporté sur les pièces avant découpe, faute de quoi la traçabilité s'arrête au premier tronçonnage.
Les consommables relèvent de leurs propres désignations, NF EN ISO 2560 pour les électrodes enrobées, NF EN ISO 14341 pour les fils pleins. La désignation porte une classe d'hydrogène diffusible, H5, H10 ou H15, exprimée en millilitres pour cent grammes de métal déposé. Les électrodes basiques exigent un stockage en étuve et un ré-étuvage après ouverture. Le DMOS nomme le consommable ; le numéro de lot devrait rester reconstituable.
Les pièces à réclamer avant de prononcer la réception
Le socle documentaire tient en quelques pièces. La déclaration des performances et le marquage CE au titre de la NF EN 1090-1, mentionnant explicitement la classe d'exécution. Le certificat de contrôle de la production en usine, avec le numéro de l'organisme notifié et son domaine. La carte des soudures de l'ouvrage. La liste des DMOS avec, pour chacun, la référence du QMOS sur lequel il s'adosse. Les qualifications des soudeurs et des opérateurs, en cours de validité, recoupées avec la carte des soudures et non simplement comptées.
Viennent ensuite la lettre de désignation du coordinateur en soudage et le justificatif de son niveau de connaissances techniques, puis les rapports de contrôle non destructif indiquant la méthode, la norme appliquée, l'étendue réellement contrôlée et le niveau d'acceptation. Les certificats 3.1 des aciers et les documents des consommables complètent le lot. Le registre des non-conformités et des réparations mérite une lecture attentive : une soudure reprise se recontrôle intégralement, et son mode opératoire de réparation relève lui-même d'une qualification.
Restent les tolérances géométriques, essentielles et fonctionnelles au sens de la NF EN 1090-2, consignées dans un relevé dimensionnel, et la protection anticorrosion selon la NF EN ISO 12944, qui suppose une catégorie de corrosivité déclarée, de C1 à CX, une durabilité visée et des épaisseurs de film sec mesurées. Ces pièces se demandent à la commande, pas à la livraison. Charpente peinte et levée, la moitié des vérifications devient impraticable, et la discussion glisse du contrôle vers la négociation.
Limites et vérifications
Les textes, caractéristiques produit, prix, délais et pratiques de marché peuvent évoluer. Vérifiez les sources primaires, la documentation de la référence concernée et la situation du projet avant toute décision.
Aucune certification, référence client, statistique interne, offre commerciale ou performance IEF & CO n'est affirmée dans cet article sans dossier de preuve validé.
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Atelier fabrication · IEF & CO
Équipe atelier· Mise à jour 31/07/2026
